Suite et fin mai 8, 2008
Je suis de retour à Montréal depuis un mois. L’aventure est terminée, mais mon blogue restait sans conclusion donc je vais essayer de boucler la boucle.
Pour l’historique des derniers mois de vacances, après le Mozambique, j’ai rejoint Sara à Johannesburg. Nous y avons passé une semaine délirante, ponctuée de sorties dans les rastas clubs de Yeoville et à mâcher du myhra (un genre de feuille de coca importée d’Afrique de l’est) sur les toits de Hillbrow en compagnie de nos amis éthiopiens. Jugeant qu’il ne nous restait plus assez de temps et d’argent pour le long périple que nous avions prévu en Namibie et au Botswana, nous avons ensuite plutôt choisi de descendre vers le Lesotho voisin. Nous avons entrepris une des randonnées les plus mémorables de ma vie in « The Mountain Kingdom » : cinq jours de marche dans ce qui nous parut être l’endroit le plus reculé au monde, dont les abords ont inspiré J.R. Tolkien pour l’imagination du pays des hobbits et de Rivendale.
Après le Lesotho, on est redescendues vers la côte sud-africaine pour un peu de surf et de soleil. Je suis malheureusement tombée malade presque aussitôt. Fiévreuse et prise de nausées, j’ai bien cru avoir choppé la malaria et suis retournée vers Durban expressément pour subir un test de dépistage. En définitive, ce n’était qu’une inflammation gastrique, peut-être due à mon régime trop peu varié des semaines précédentes. Quelques jours de repos et j’étais à nouveau sur pieds pour profiter de mes derniers jours dans ma ville sud-africaine, profiter de ses plages, de ses resto indiens, de ses marchés labyrinthiques et de son rythme ensoleillé. Un rhume couplé d’un solide mal de gorge m’est quand même tombé dessus deux jours avant mon départ, comme pour me rendre le voyage difficile et me confirmer que je n’avais aucune envie de partir. Ce furent mes seules maladies en sept mois de séjour. Je suis donc rentrée à Montréal la morve au nez, affaiblie, mais le cœur et la tête remplis d’images brillantes aux tons de jaune et d’orange brûlée.
L’Afrique du sud m’a fait le meilleur des effets. C’était exactement ce dont j’avais besoin à ce point de ma vie. Les défis de la vie quotidienne d’une blanche en terre noire qui sort des sentiers balisés m’ont beaucoup appris. Sur les africains en général et sur moi-même en particulier. Quelques jours avant de partir, je confie à un ami congolais qu’il me faudra revenir dans peu de temps. Que j’ai aimé ce pays et que je n’en ai pas eu assez. « Mais qu’est-ce qui te plaît tant ici? Qu’est-ce que t’aime de ce pays mal foutu? » me demande-t-il les yeux plissés. Je réfléchis à voix haute sur les bienfaits de la diversité, des éventails de couleurs, de la cohabitation de différents modes de vie et de pensées. En Afrique du sud, quand on rencontre quelqu’un dans la rue, on ne peut tout simplement pas l’aborder avec des idées préconçues. À mois d’être doué pour l’identification physionomique ou phonétique, il n’y a aucun moyen de savoir du premier coup d’œil si cette personne est étrangère ou sud-africaine, angolaise ou zimbabwéenne, raciste ou humaniste. Il faut entrer en contact avec les gens et entamer une conversation pour les situer. « Mais c’est partout comme ça » vous me direz. Précisément. C’est là où je veux en venir. C’est cette réalité qui commande l’ouverture, vraie partout et en tout temps, que l’on a tendance à oublier dans notre propre pays et que l’Afrique du sud m’a remémorée. Leçon numéro 2 : ne jamais oublier l’histoire du pays et d’où viennent les gens et les comportements. De passage à Bloemfontein, bastion de conservateurs afrikaner, j’ai un soir rencontré un jeune blanc, étudiant en médecine, aux propos révoltants bien qu’émis sans mauvaise foi : « Avec le gouvernement noir, l’apartheid est renversé. Les blancs sont isolés et ne peuvent plus trouver d’emploi. » Ce discours victimisateur est fréquent chez les sud-africains blancs. Mais dans la nouvelle Afrique du sud, cette « rainbow nation » d’aujourd’hui et de demain, rien ne sert de rager devant ce genre de propos outrant tellement la comparaison est inadéquate. Vaut mieux essayer de comprendre ou d’argumenter. Comprendre que ces jeunes afrikaner blancs ont eu les parents qu’ils ont eu et que les visions du monde se transmettent de génération en génération. De même, en Afrique, les blancs, qu’ils soient natifs ou étrangers, seront toujours associés au colonialisme, passé et présent. On n’y échappe pas. Chez certains noirs, ça ne produit que de l’indifférence, chez plusieurs de la curiosité, chez d’autres de l’envie ou du mépris. La meilleure façon de désamorcer ces réflexes comportementaux, c’est de comprendre d’où ils viennent et de se faire des amis. Saluer, sourire, voir et laisser voir l’humain derrière la couleur de la peau. Dans le fond on veut tous se comprendre.
De retour à Montréal, je trouve donc la ville bien blanche. J’ai décidé que je devais élargir mon cercle d’amis pour y inclure plus d’immigrants. Je vais tenter de laisser tomber les cafés du Mile-end et de m’aventurer davantage du côté de Côte des neiges.
Pour finir, quelques scènes de rue à Yeoville.






















