Durban, S.A.

La vertu d’un voyage, c’est de purger la vie avant de la garnir. (L’Usage du monde, Nicolas Bouvier)

Suite et fin mai 8, 2008

Classé dans : Afrique du sud, Lesotho, Perso, Socio, escapades — malorie @ 7:24

Je suis de retour à Montréal depuis un mois. L’aventure est terminée, mais mon blogue restait sans conclusion donc je vais essayer de boucler la boucle.

Pour l’historique des derniers mois de vacances, après le Mozambique, j’ai rejoint Sara à Johannesburg. Nous y avons passé une semaine délirante, ponctuée de sorties dans les rastas clubs de Yeoville et à mâcher du myhra (un genre de feuille de coca importée d’Afrique de l’est) sur les toits de Hillbrow en compagnie de nos amis éthiopiens. Jugeant qu’il ne nous restait plus assez de temps et d’argent pour le long périple que nous avions prévu en Namibie et au Botswana, nous avons ensuite plutôt choisi de descendre vers le Lesotho voisin. Nous avons entrepris une des randonnées les plus mémorables de ma vie in « The Mountain Kingdom » : cinq jours de marche dans ce qui nous parut être l’endroit le plus reculé au monde, dont les abords ont inspiré J.R. Tolkien pour l’imagination du pays des hobbits et de Rivendale.

Après le Lesotho, on est redescendues vers la côte sud-africaine pour un peu de surf et de soleil. Je suis malheureusement tombée malade presque aussitôt. Fiévreuse et prise de nausées, j’ai bien cru avoir choppé la malaria et suis retournée vers Durban expressément pour subir un test de dépistage. En définitive, ce n’était qu’une inflammation gastrique, peut-être due à mon régime trop peu varié des semaines précédentes. Quelques jours de repos et j’étais à nouveau sur pieds pour profiter de mes derniers jours dans ma ville sud-africaine, profiter de ses plages, de ses resto indiens, de ses marchés labyrinthiques et de son rythme ensoleillé. Un rhume couplé d’un solide mal de gorge m’est quand même tombé dessus deux jours avant mon départ, comme pour me rendre le voyage difficile et me confirmer que je n’avais aucune envie de partir. Ce furent mes seules maladies en sept mois de séjour. Je suis donc rentrée à Montréal la morve au nez, affaiblie, mais le cœur et la tête remplis d’images brillantes aux tons de jaune et d’orange brûlée.

L’Afrique du sud m’a fait le meilleur des effets. C’était exactement ce dont j’avais besoin à ce point de ma vie. Les défis de la vie quotidienne d’une blanche en terre noire qui sort des sentiers balisés m’ont beaucoup appris. Sur les africains en général et sur moi-même en particulier. Quelques jours avant de partir, je confie à un ami congolais qu’il me faudra revenir dans peu de temps. Que j’ai aimé ce pays et que je n’en ai pas eu assez. « Mais qu’est-ce qui te plaît tant ici? Qu’est-ce que t’aime de ce pays mal foutu? » me demande-t-il les yeux plissés. Je réfléchis à voix haute sur les bienfaits de la diversité, des éventails de couleurs, de la cohabitation de différents modes de vie et de pensées. En Afrique du sud, quand on rencontre quelqu’un dans la rue, on ne peut tout simplement pas l’aborder avec des idées préconçues. À mois d’être doué pour l’identification physionomique ou phonétique, il n’y a aucun moyen de savoir du premier coup d’œil si cette personne est étrangère ou sud-africaine, angolaise ou zimbabwéenne, raciste ou humaniste. Il faut entrer en contact avec les gens et entamer une conversation pour les situer. « Mais c’est partout comme ça » vous me direz. Précisément. C’est là où je veux en venir. C’est cette réalité qui commande l’ouverture, vraie partout et en tout temps, que l’on a tendance à oublier dans notre propre pays et que l’Afrique du sud m’a remémorée. Leçon numéro 2 : ne jamais oublier l’histoire du pays et d’où viennent les gens et les comportements. De passage à Bloemfontein, bastion de conservateurs afrikaner, j’ai un soir rencontré un jeune blanc, étudiant en médecine, aux propos révoltants bien qu’émis sans mauvaise foi : « Avec le gouvernement noir, l’apartheid est renversé. Les blancs sont isolés et ne peuvent plus trouver d’emploi. » Ce discours victimisateur est fréquent chez les sud-africains blancs. Mais dans la nouvelle Afrique du sud, cette « rainbow nation » d’aujourd’hui et de demain, rien ne sert de rager devant ce genre de propos outrant tellement la comparaison est inadéquate. Vaut mieux essayer de comprendre ou d’argumenter. Comprendre que ces jeunes afrikaner blancs ont eu les parents qu’ils ont eu et que les visions du monde se transmettent de génération en génération. De même, en Afrique, les blancs, qu’ils soient natifs ou étrangers, seront toujours associés au colonialisme, passé et présent. On n’y échappe pas. Chez certains noirs, ça ne produit que de l’indifférence, chez plusieurs de la curiosité, chez d’autres de l’envie ou du mépris. La meilleure façon de désamorcer ces réflexes comportementaux, c’est de comprendre d’où ils viennent et de se faire des amis. Saluer, sourire, voir et laisser voir l’humain derrière la couleur de la peau. Dans le fond on veut tous se comprendre.

De retour à Montréal, je trouve donc la ville bien blanche. J’ai décidé que je devais élargir mon cercle d’amis pour y inclure plus d’immigrants. Je vais tenter de laisser tomber les cafés du Mile-end et de m’aventurer davantage du côté de Côte des neiges.

Pour finir, quelques scènes de rue à Yeoville.

 

Lovely Mozambique février 28, 2008

Classé dans : Mozambique, escapades — malorie @ 9:07

Photos pele-mele, de Maputo a Vilanculos, en passant par Bilene et Inhambane. Une seule route traverse le pays du nord au sud. La majeure partie du temps, les crevases ne permettent guere de rouler a bien plus de 40km/h. A ce temps-ci de l’année, la chaleur est torride et les kombis qui voyagent d’une ville a l’autre empilent les voyageurs comme des sardines en boite. J’ai fait le trajet de Tofo a Inhambane la joue etampée dans une fenetre, la hanche moulée dans une pile de sac de riz, le coté gauche bien au chaud dans la capulana (drap porté en guise de vetement) de ma voisine et une charmante enfant mozambicaine assise sur les genoux.

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Kruger National Parc février 28, 2008

Classé dans : Afrique du sud, escapades — malorie @ 8:23

L’une des zones protégées les plus célebre au monde en raison de sa superficie et de sa biodiversité. Un spectacle d’immensité, de calme et de chants d’oiseaux. Je n’aurais jamais cru qu’autant d’animaux pouvaient se cotoyer au kilometre carré, ni qu’il était possible de les observer d’aussi pres.

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What now? février 12, 2008

Classé dans : Perso, Socio — malorie @ 10:55

Il y a un moment que les grandes lignes de la politique sud-africaine commencent à m’ennuyer. Pour ceux qui ne sont pas encore au courant, les membres de l’ANC ont récemment élu un nouveau chef : Jacob Zuma, en attente de procès pour une vingtaine de chefs d’accusation dont corruption, fraude, blanchiment d’argent et racketeering. L’homme est aussi connu pour s’être fait accusé de viol il y a quelques années. Il s’était savamment défendu d’avoir eu une relation sexuelle sans protection en toute connaissance de cause avec une femme ayant le VIH, en expliquant qu’il était allé se doucher dans l’instant suivant l’acte. Ce bel exemple d’homme responsable est plus que susceptible de devenir le prochain président d’Afrique du sud. Même COSATU, la principale centrale syndicale du pays, ainsi que la ligue des femmes et la ligue jeunesse de l’ANC, avaient fait taire leurs dissensions internes et appelé à voter pour lui pour en faire le nouveau chef de l’ANC. Certains disent qu’il n’y a que les élites pour ne pas reconnaître son leadership et son amour du peuple. D’autres diront que c’est un machiste et populiste corrompu qui n’a même pas l’avantage d’avoir une politique économique un tant soit peu socialiste. On a en effet pu l’entendre de sa propre bouche lors de son passage à Davos il y a deux semaines : « Il n’y a pas de différence entre la politique économique du précédent et du présent gouvernement de l’ANC. » Les businessmen du monde entier peuvent être rassurés.
Parlant business, les intérêts économiques sud-africains ont de toute façon des soucis bien plus immédiats. L’Afrique du sud traverse présentement une crise écono-électrique sans précédent. Il faut dire que la capacité de production d’électricité de l’Afrique du sud a été conçue pour répondre aux besoins de 2% de sa population (Apartheidly-wise). Depuis deux semaines, les coupures de courants ne touchent plus seulement les foyers domestiques et petites entreprises, mais aussi les grandes industries. À Durban, dans les deux dernières semaines de janvier, l’électricité était coupée à coup de deux-trois heures par jour à tous les jours. Si c’est pendant la journée, tant pis pour le travail de bureau ; si c’est pendant la soirée, tant pis pour les petits plats mijotés. Une copine à Johannesburg me disait que dans son quartier, les coupures duraient de trois à cinq heures. Vous pouvez imaginez la paralysie générale. Tout ça faisait déjà la manchette, quand du coup la semaine dernière ce furent les grandes mines de la région de Gauteng qui durent suspendre leurs activités à cause de la pénurie. Les pertes de profits furent évaluées à plusieurs billions de Rands. De quoi faire enrager toute la classe économique du pays et faire fuir tout investisseur étranger. À présent tout le monde attend un plan de sauvetage national qui n’arrive pas. Les solutions envisagées par les directeurs d’Eskom, la compagnie nationale semi-privée en charge de la production d’électricité, misent sur l’économie d’énergie. Les appels à population pour diminuer leur consommation sont bien sûr importants, mais clairement insuffisants. La bonne nouvelle c’est qu’un débat sur les sources d’énergie alternatives pointe dans certains esprits et que des médias commencent à s’y intéresser de plus près. À suivre.
Dans un autre ordre d’idées, mon contrat avec StreetNet s’est terminé la semaine dernière. J’ai bouclé mes derniers projets et rédigé mon rapport de stage. Je suis globalement très satisfaite de mes accomplissements et apprentissages, mais je suis aussi heureuse d’avoir les prochains mois de libres. C’est quand même avec nostalgie de je quitte mes amis et ma métropole pour un mois et demi de voyage. Première étape : Kruger National Parc pour voir des gros animaux. Deuxième, un autre saut au Mozambique. Troisième, road trip en Namibie et au Botswana. Je ne sais pas trop quel genre d’accès à internet j’aurai, donc peut-être que ce blogue sera encore plus difficile à ne pas négliger… Mais j’essaierai quand même d’afficher des notes et de mettre quelques images lorsque j’en aurai l’occasion.

 

Kenya janvier 4, 2008

Classé dans : Kenya — malorie @ 5:31

Je suis arrivée à Nairobi en même temps que ma copine Philly et son frère Elly le 21 décembre. J’ai été formidablement accueillie par le reste de la famille. Leurs parents furent d’une extrême gentillesse et d’une incroyable générosité tout au long de mon séjour. Dès le premier week-end, nous sommes parties avec un groupe d’amis pour un mini safari dans un parc national pas loin de la ville de Naivasha. En route, j’ai finalement compris le sens du terme « savane africaine ». Là-bas, j’ai surtout vu des antilopes, des zèbres et des phacochères. J’ai aussi vu un hippopotame et des girafes perdues sur le bord de la route en plein milieu de la nuit. Pour les lions et les panthères, faut un vrai guide et un tour organisé. Mes amis étant plutôt fauchés et moi tenant davantage à la compagnie de ses derniers qu’à celle de touristes en chemises de coton beige, je n’ai pas cherché à faire un vrai safari. J’ai préféré vivre le Kenya des kenyans et bourlinguer avec eux sur la route de Naivasha et dans les environs de Nairobi. Ça m’a mené dans des endroits perdus où jamais je n’aurais pu me rendre toute seule. Comme ce petit hôtel paumé où des femmes de chambres aux yeux vitreux me flattaient les cheveux d’un air ébahi ; ces boucheries improvisées où l’on commande yamachoma et ugali (viande de bœuf ou de mouton grillé accompagnée d’une genre de pâte de maïs ou d’une autre céréale non- identifiée) qui nous viennent une demie-heure plus tard dans un gros plat commun dans lequel tout le monde pige avec les doigts de la main ; des bars locaux au détour de quartiers sales où l’on sert des Pilsners tièdes et des boissons traditionnelles à base d’ananas fermentés. Pour être franche, en une semaine, j’ai mangé davantage de viande et ai bu davantage d’alcool que dans les deux mois précédents. Je n’exagère pas. Faut dire qu’avec une bonne ration de gras dans un corps jamais statique, toujours vibrant de hip hop et de R&B en kiswahili, l’alcool passe tout seul et la tête reste bien droite. Enfin, jusqu’à un certain point…

Voici, pêle-mêle, des photos de la famille, des amis et de nos pérégrinations à Naivasha et dans la région rurale de Kiambu :

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Et puis ce furent les élections. Le 27 décembre, les kenyans se sont déplacés pour élire leur prochain président et leurs députés parlementaires. La République du Kenya est une démocratie multipartite, mais la lutte était principalement entre le PNU (Party of National Unity) du président sortant Mwai Kibaki, et l’ODM (Orange Democratic Movement) de Raila Odinga. Pour comprendre la rivalité entre les deux partis il faut savoir que la politique kenyane est davantage une affaire d’appartenance tribale que d’idéologie. Depuis l’indépendance du pays en 1963, le gouvernement kenyan fut largement dominé par les Kikuyus, la tribu majoritaire du pays, comptant pour environ 20% de la population totale. Or le Kenya compte 43 tribus différentes dont plusieurs se sentent marginalisées. La corruption est affaire commune et Kibaki a particulièrement excellé dans l’obtention de jobs, de contacts ou de subventions particulières pour ses amis et frères de clans. Le jour du vote, même si les sondages annonçaient un résultat relativement serré, les prédictions penchaient du côté de Odinga, un Luo (2e tribu majoritaire comptant pour environ 14% de la population) qui avait fait campagne sur le changement, la transparence, etc.
À la fin de la première journée de comptage, la Kenyan Electoral Commission (KEC) annonçait l’avance des candidats de l’ODM dans 6 des 9 provinces, leur assurant déjà une majorité de sièges parlementaires. Les observateurs internationaux saluaient l’ordre dans lequel les kenyans avaient procédé au vote. Mais petit à petit, les médias ont annoncé des irrégularités dans différentes circonscriptions et ont relevé divers indices de fraude électorale.
Tout le monde fut pris par surprise par l’annonce précipitée des résultats du vote par le directeur de la KEC dans la grande salle de presse du Kenyatta International Conference Center de Nairobi. Le discours d’annonce a été cependant rapidement été mis en déroute par l’intervention d’officiers de la KEC révélant des incompatibilités entre les résultats annoncés à la presse et les rapports de comptage officiels. Sous les caméras des journalistes, les partisans des deux clans ont se sont mis à argumenter puis le tout s’est terminé en black-out. Panne d’électricité orchestrée ; les médias se sont fait montré la voie de la sortie par une armée de policiers et l’annonce des résultats officiels s’est poursuivie une heure plus tard dans un bureau fermé, devant la seule caméra de la Kenyan Broadcasting Television, une chaîne de propriété d’État. Kibaki fut déclaré vainqueur. À peine une heure et demi plus tard, la même chaîne présentait la cérémonie d’assermentation présidentielle. La cérémonie fut privée et expédiée si on la compare à celle de 2002 qui avait eu lieu devant public dans le grand Parc Uhuru au centre de Nairobi, en présence de divers chefs d’État internationaux.
Puis les évènements se sont précipités. L’ODM a refusé de reconnaître le résultat des élections et des rébellions ont commencé a éclater un peu partout au pays. Le nouveau gouvernement a émis un décret interdisant la diffusion en temps réel d’images de soulèvement populaire, mais les bulletins de nouvelles rapportaient des violences accablantes. Les commissaires américains, britanniques et de l’UE ont dénoncé le manque de crédibilité du processus de comptage et cinq officiers de la KEC sont sortis des rangs pour dénoncer la même chose. Le lendemain, même le directeur général des élections a avoué qu’il avait été mis sous pression pour accélérer l’annonce des résultats et qu’il n’était pas en mesure de dire si Kibaki avait vraiment gagné …! L’ODM demande un recomptage, mais à ce point-ci, même si Kibaki s’accroche au pouvoir, le pays est plongé dans une crise constitutionnelle parce qu’il n’a pas la majorité parlementaire et qu’un vote de non-confiance le destituera à la prochaine occasion.

Le nouvel an à Nairobi fut donc d’une bien triste ambiance… Le centre-ville désert, les commerces fermés et les gens cloués devant leur radio ou leur télévision. À mon départ, plusieurs routes d’approvisionnement vers les villes étaient bloquées par des gangs exigeant des pots de vin comme droit de passage. Les prix de la nourriture, du pétrole et du crédit téléphonique avaient presque doublés. À aucun moment je ne me suis sentie en danger, mais pour la première fois de ma vie, j’ai ressentie ce que ça pouvait peut-être signifier que de vivre dans un pays en guerre. Les bruits de bataille dans la nuit, les gens qui s’affolent pour faire des réserves de nourriture, qui téléphonent à leurs proches et s’inquiètent des voisins.

Mercredi, la famille Obwaka m’a escortée à l’aéroport. Tout était calme et tranquille et je suis rentrée sans pépin. Sur la route, on pouvait voir des vestiges des batailles de la veille. Ce jour là, 35 personnes dont femmes et enfants ont été tuées alors qu’ils avaient pris refuge dans une église près de la ville d’Eldoret dans l’Ouest du Kenya. Ils furent pris pour cibles en tant que Kikuyus. Les analystes ne manquent pas de faire un parallèle avec le Rwanda puisque c’est carrément du nettoyage ethnique. Les chiffres officiels annoncent maintenant 400 morts au pays mais tout indique que ce nombre peut être doublé. Des maisons de Kikuyus sont brulées et des miliers de personnes se réfugient dans des camps ou vers l’Uganda. La Croix-rouge révèle l’éclatement d’une vraie crise humanitaire dans plusieurs régions. Il y a une semaine à peine, le Kenya était considéré comme la démocratie la plus stable de l’Afrique de l’est… Joyeux Noel et bonne année.

Dernières photos : La route vers l’aéroport et le mont Kilimanjaro de la fenêtre de l’avion.

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Quelques photos décembre 19, 2007

Classé dans : escapades — malorie @ 3:46

Mon périple de ce week-end dans le Drakensberg :

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Et de mon « école » de surf…

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…et moi décembre 14, 2007

Classé dans : Perso — malorie @ 10:12

Mon ami Gabriel vient de m’écrire pour me reprocher de m’en tenir aux descriptions de paysages et de ne pas détailler mon état personnel et émotionnel… je vais essayer d’y remédier. Ma vie ici est passionnante et je vais très bien. Au travail, j’ai commencé à travailler plus activement sur un nouveau projet : le recensement des vendeurs de rue de Durban et l’élaboration d’une base de données pouvant leur servir d’outil organisationnel. Par exemple, en connaissant le nombre de vendeurs dans chaque district, les associations peuvent exiger, sur une base documentée, l’allocation d’un nombre égal de permis de vente de la part de la municipalité. Pour prendre la mesure de l’importance d’un tel outil, sachez qu’en ce moment, la municipalité eThekwini (nom Zoulou de Durban) délivre environ 7000 permis de vente pour ce qu’on estime 25000 vendeurs (mais il n’y a précisément pas encore de chiffres officiels), rendant du même coup près de 18000 vendeurs illégaux, vulnérables au harcèlement/arrestation policière et non autorisés à appliquer pour l’accès à certains services municipaux comme des espaces d’entreposage. Enfin bref, ce n’est qu’un exemple des bénéfices d’une telle base de données pour le secteur. Vous vous douterez bien que je n’ai jamais conduit d’étude statistique d’une telle envergure et que je n’ai aucune idée de la façon de procéder. Le défi est particulièrement grand considérant la fluidité du groupe cible, soit des gens qui ne commercent pas toujours sur un emplacement et selon un horaire fixe. Nous avons donc monté une petite équipe de travail avec des gens compétents et motivés, dont deux chercheuses de School of Development Studies et de Urban Planning Institute de l’Université du KwaZulu-Natal, d’un consultant en planification urbaine et un chercheur d’un institut de recherche statistique privé. Pour l’instant j’en suis à la rédaction d’une proposition de projet pour présenter à d’éventuels organismes subventionnaires. J’essaie de rassembler les idées de tous et chacun, d’accoucher d’un projet solide et d’entamer la levée de fonds d’ici la fin du mois de janvier. Ça l’air sérieux, mais c’est en fait un processus qui demande beaucoup d’imagination et de créativité. Au début j’étais dans le noir total, mais là je commence à avoir une meilleure idée du processus et ça devient plus intéressant. Bon je réalise que je ne parle pas du tout de mes émotions … Désolée Gabi. Mais finalement c’était pour dire que mon travail ici est plein de défis et que si c’est parfois angoissant, c’est aussi stimulant. Il y a des aspects que j’aime vraiment moins, par exemple, dans le cadre de la coordination de la campagne World Class Cities for All, ça m’agace quand les gens ne retournent pas mes appels et qu’il faut que je leur cours après. J’ai aussi eu des moments de découragement il y a deux semaines quand l’organisation d’un événement a mal tourné à cause du comportement ridicule de gens de mauvaise foi avec qui on a pas le choix de travailler. Je vous passe les détails. Enfin bref, c’est pas toujours drôle non plus. Mais l’avantage c’est que je fais plein de choses différentes et que ça me permet de comparer et de voir ce que j’aime et n’aime pas faire, les agréments et désagréments de travailler dans ce type d’organisation. Globalement, je m’ennuie de réfléchir et je trouve mon travail souvent trop technique, mais c’est en train de changer avec ce nouveau projet de recensement. Advienne que pourra. Donc évidemment, le travail est une bonne partie de ma vie en ce moment, mais je ne me prends pas la tête avec ça et me permets plein de sorties et de voyages. J’ai maintenant un bon réseau d’amis que je n’ai même pas le temps de tous voir régulièrement puisque je passe souvent les fins de semaine à l’extérieur de la ville. Cette fin de semaine je pars faire de la randonnée dans le Drakensberg (chaîne de montages qui borde de Lesotho) et vendredi prochain, taratataam : Kenya ! Et oui, je vais passer mes vacances de Noël dans la famille d’une copine à Nairobi. Je suis super contente, ça va me faire découvrir une autre Afrique. Bref ma vie est chargée et mouvementée, mais ne vous inquiétez pas je prends quand même le temps de méditer sur mon expérience globale et d’en tirer des leçons existentielles. Je découvre mes forces, mes faiblesses et mes frustrations, et je précise mes désirs et ambitions. Bref, c’est exactement ce que je venais chercher ici. J’apprends à me connaître et à savoir ce que je veux tout en découvrant un monde qui élargit mes horizons. Ça fait croissance personnelle prêt-à-porter mon récit, mais c’est ça n’empêche.

 

Mozambique décembre 12, 2007

Classé dans : Mozambique, escapades — malorie @ 5:16

Maputo, comme la majeure partie du littoral mozambicain, est construit sur des dunes. La « ville en ciment », le cœur de la ville, ne fait pas beaucoup plus d’une dizaine de kilomètres carrés. Le reste, le grand Maputo où vivent la plupart de son million d’habitants, ce sont des corridors de maisons allignées serrées, autrefois en roseaux mais désormais en briques, en béton ou en tôle. Aménagements plus ou moins précaires et fleuron de l’économie informelle. À Maputo, j’ai rencontré ma copine Sara, arrivée de Johannesburg en même temps que moi. Isabelle (sœur du mari de ma tante du côté paternel), une Française vivant au Mozambique depuis plus de 25 ans, nous a chaleureusement accueillies et amenées dans sa maison de bord de mer. Le voyage en voiture jusqu’à Bilene nous a fait voir le pays. C’est truffé d’arbres fruitiers, de ces petites maisons de roseaux et de termitières hautes comme des plants de maïs. Tout au long des routes défoncées, toujours, circulent ces femmes africaines, drapées de vêtements colorés, un bébé dans le dos et un fardeau de bois ou de denrées bien en équilibre sur la tête. L’Afrique cinématographique, la vraie et la seule.
Au détour d’un tournant, un barrage improvisé. On approche de la période des fêtes et les policiers ont besoin d’argent. Celui-là nous arrête tout sourire. « Bom dia. Tudo bem ? » Isabelle sort la tête : « Tudo tranquilo ». Mon CD de Seu Jorge emplit l’air humide d’une douce guitare acoustique. « Ce sont vos filles ? » demande le policier. « Elles sont à marier ? » « Oh, mais c’est qu’elles valent chères. » répond Isabelle. Et moi : « Saõ mil vacas p’ra mim senhor ». « Hum… mille vaches ? » répète-t-il en se grattant le menton. « Marché conclu. Mais c’est un an de travail donc tu repasseras l’année prochaine. » « Esta bom, até logo ! » Et de repartir en rigolant.
À Bilene, la maison d’Isabelle est entourée de rhododendrons et de frangipanes. Dans le jardin, les deux gros arbres de cajous sont lourds de fruits. Sara et moi découvrons épatées le goût de pomme caramélisée des masalas, de drôles de fruits durs comme du bois, qu’on ouvre en fracassant par terre et dont on suce la chair brunâtre autour de noyaux en amande. La fin de semaine s’est écoulée entre baignages et promenades sur la plage et sur les dunes. Ces promenades de campagne sont un luxe puisque rares sont les régions du Mozambique qui n’ont pas été minées pendant la guerre civile. Nous avons atterri dans un champs d’ananas, mais le moment le plus spécial fut passé sous les branches d’un manguier, à se pourlécher de ses fruits fraîchement tombés. Des photos suivront. Sara, photographe désignée, me les enverra un peu plus tard.
Lundi, de retour à Maputo, on a exploré la ville à pied. On avait presque oublié comme c’est délicieux de découvrir une ville à pied, de s’y promener librement, sans avoir à traverser certains coins de rue au pas de course, le regard grave et fixé. Avec mon portugais brésilien encore tout frais, je me sentais comme poisson dans l’eau. En définitive, le Mozambique, c’est un tout autre feeling que l’Afrique du Sud. C’est beaucoup plus détendu et plus sécuritaire. On n’y sent pas les mêmes tensions raciales. Au centre ville comme à la campagne, deux filles blanches peuvent se promener tranquilles, sans se faire aborder ou embêter. Les passants font leurs affaires sans nous porter d’attention particulière. En trois jours, j’ai vu plus de couples et de groupes mixtes qu’en trois mois en Afrique du Sud. Je réalise à quel point cette tranquillité est précieuse et à quel point l’Afrique du Sud est encore, malgré les vrais efforts de ses habitants, un pays aliéné. Je retournerais n’importe quand au Mozambique.

 

Cape Town novembre 14, 2007

Classé dans : Boulot, escapades — malorie @ 4:17

Vol vers Cape Town la semaine dernière. Le temps était clair et l’avion a survolé la région du Western-Cape. Le vaste plateau semi-aride du Karoo et ses terres rouges-orange, puis le patchwork de vignobles qui borde les pentes des montagnes du Boland.
Le but du voyage était un meeting avec la municipalité de Cape Town, pour négocier les revendications des organisations partenaires dans la campagne WCCA dirigée par StreetNet. De notre côté, une équipe de 10 personnes a été constituée, composée de représentants de diverses organisations du western-cape. Du côté de la municipalité, trois fonctionnaires engourdis qui nous observaient le sourcil relevé. Leur réponse fut polie et engageante. Mais ce n’est que la première étape d’une longue série de rencontres. Je n’assisterai visiblement qu’aux premiers balbutiements d’un processus de consultation qui s’étalera jusqu’en 2010 (et au-delà espérons-le).
J’ai ensuite profité du week-end pour rendre visite à un cousin germain de mon père. Ne l’ayant jamais rencontré de ma vie je ne savais pas à quoi m’attendre, mais je me suis trouvé très bien accueillie. Sa charmante fille, Danielle, et son chum italien m’ont prise sous leur aile et m’ont fait découvrir la ville et ses environs. Et quelle ville! Cape Town est magnifique, scénique. C’est la montagne et la mer, le surf et le vin, les promenades à pied ou à vélo longeant l’une ou l’autre des côtes et offrant des points de vue spectaculaires. Mais c’est surtout le bout de l’Afrique et la rencontre de deux océans, l’un chaud et vert-gris, l’autre bleu et glacial.

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Cape Town est différente du reste de l’Afrique du sud. Ce me semblait être un autre monde. De l’architecture coloniale jusqu’au climat quasi méditerranéen, l’ambiance est européenne, tranquille, claire et ordonnée. La ville contraste avec Johannesburg, plutôt sale et colorée, ainsi qu’avec Durban, plutôt tropicale. Je m’émerveille devant l’éventail d’identités qui se voisinent dans ce pays. Tout est tellement différent d’une campagne ou d’une ville à l’autre. Je rentre à Durban et n’ai pas entendu de zoulou depuis deux semaines. En revanche, j’ai entendu pas mal d’afrikaans, de sotho à Johannesburg, et de xosa à Cape Town. Mes compétences linguistiques ne s’améliorent donc guère. Pour ce qui est du zoulou je n’en suis toujours qu’à savoir faire le thé…

 

Johannesburg novembre 6, 2007

Classé dans : Boulot, Socio, escapades — malorie @ 3:47

La semaine dernière, j’ai traversé le KwaZulu-Natal et le Free State en bus pour me rendre à Pretoria, puis Johannesburg. Je suis allée rencontrer un collègue qui m’a trimbalé dans Soweto pour visiter diverses organisations avec lesquelles StreetNet travaille. Soweto, c’est le plus vaste township d’Afrique du sud, à 20 min au sud de la métropole. C’est aussi le célèbre foyer de la révolte étudiante de juin 1976, moment historique et douloureux de la lutte anti-apartheid.

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Je suis ensuite aller passer quelques jours avec ma copine Sara, une autre montréalaise qui fait un stage en agriculture urbaine à Yeoville, quartier ghettoisé de Johannesburg. Là, comme au centre-ville, on est les seules blanches. Je réalise que les grandes-villes se ressemblent et que Durban ne fait pas exception : à part quelques quartiers bien délimités, les blancs voyagent en voiture et la rue appartient aux noirs. Notre couleur nous empêche donc systématiquement de passer inaperçues. Les gens nous dévisagent, nous fixent carrément ou nous interpellent parfois en nous demandant si nous sommes perdues. Il y a quelque chose de vertigineux à se sentir tellement minoritaires. Mais ce n’est bien sûr pas un sentiment à démontrer sous peine d’attirer les emmerdeurs. It’s all about attitude. All about confidence, about owning the street, comme on dit.

Je suis allé visiter le Apartheid Museum. Très bien fait comme musé, débordant d’information, mais ô combien troublant, évidemment. Le passé de ce pays est aussi terrifiant que peu éloigné. Le matin même, avec Sara, on déplorait que les blancs de ce pays ne fassent pas plus d’effort pour s’intégrer aux noirs, pour briser ces frontières invisibles qui sont quand même partout et qui plombent les relations sociales. Mais en sortant du musé, on s’est dit que finalement, c’est quand même compréhensible. Après tout, il y a de quoi avoir honte et préférer se cacher.