Durban, S.A.

La vertu d’un voyage, c’est de purger la vie avant de la garnir. (L’Usage du monde, Nicolas Bouvier)

Cape Town novembre 14, 2007

Classé dans : Boulot, escapades — malorie @ 4:17

Vol vers Cape Town la semaine dernière. Le temps était clair et l’avion a survolé la région du Western-Cape. Le vaste plateau semi-aride du Karoo et ses terres rouges-orange, puis le patchwork de vignobles qui borde les pentes des montagnes du Boland.
Le but du voyage était un meeting avec la municipalité de Cape Town, pour négocier les revendications des organisations partenaires dans la campagne WCCA dirigée par StreetNet. De notre côté, une équipe de 10 personnes a été constituée, composée de représentants de diverses organisations du western-cape. Du côté de la municipalité, trois fonctionnaires engourdis qui nous observaient le sourcil relevé. Leur réponse fut polie et engageante. Mais ce n’est que la première étape d’une longue série de rencontres. Je n’assisterai visiblement qu’aux premiers balbutiements d’un processus de consultation qui s’étalera jusqu’en 2010 (et au-delà espérons-le).
J’ai ensuite profité du week-end pour rendre visite à un cousin germain de mon père. Ne l’ayant jamais rencontré de ma vie je ne savais pas à quoi m’attendre, mais je me suis trouvé très bien accueillie. Sa charmante fille, Danielle, et son chum italien m’ont prise sous leur aile et m’ont fait découvrir la ville et ses environs. Et quelle ville! Cape Town est magnifique, scénique. C’est la montagne et la mer, le surf et le vin, les promenades à pied ou à vélo longeant l’une ou l’autre des côtes et offrant des points de vue spectaculaires. Mais c’est surtout le bout de l’Afrique et la rencontre de deux océans, l’un chaud et vert-gris, l’autre bleu et glacial.

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Cape Town est différente du reste de l’Afrique du sud. Ce me semblait être un autre monde. De l’architecture coloniale jusqu’au climat quasi méditerranéen, l’ambiance est européenne, tranquille, claire et ordonnée. La ville contraste avec Johannesburg, plutôt sale et colorée, ainsi qu’avec Durban, plutôt tropicale. Je m’émerveille devant l’éventail d’identités qui se voisinent dans ce pays. Tout est tellement différent d’une campagne ou d’une ville à l’autre. Je rentre à Durban et n’ai pas entendu de zoulou depuis deux semaines. En revanche, j’ai entendu pas mal d’afrikaans, de sotho à Johannesburg, et de xosa à Cape Town. Mes compétences linguistiques ne s’améliorent donc guère. Pour ce qui est du zoulou je n’en suis toujours qu’à savoir faire le thé…

 

Johannesburg novembre 6, 2007

Classé dans : Boulot, Socio, escapades — malorie @ 3:47

La semaine dernière, j’ai traversé le KwaZulu-Natal et le Free State en bus pour me rendre à Pretoria, puis Johannesburg. Je suis allée rencontrer un collègue qui m’a trimbalé dans Soweto pour visiter diverses organisations avec lesquelles StreetNet travaille. Soweto, c’est le plus vaste township d’Afrique du sud, à 20 min au sud de la métropole. C’est aussi le célèbre foyer de la révolte étudiante de juin 1976, moment historique et douloureux de la lutte anti-apartheid.

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Je suis ensuite aller passer quelques jours avec ma copine Sara, une autre montréalaise qui fait un stage en agriculture urbaine à Yeoville, quartier ghettoisé de Johannesburg. Là, comme au centre-ville, on est les seules blanches. Je réalise que les grandes-villes se ressemblent et que Durban ne fait pas exception : à part quelques quartiers bien délimités, les blancs voyagent en voiture et la rue appartient aux noirs. Notre couleur nous empêche donc systématiquement de passer inaperçues. Les gens nous dévisagent, nous fixent carrément ou nous interpellent parfois en nous demandant si nous sommes perdues. Il y a quelque chose de vertigineux à se sentir tellement minoritaires. Mais ce n’est bien sûr pas un sentiment à démontrer sous peine d’attirer les emmerdeurs. It’s all about attitude. All about confidence, about owning the street, comme on dit.

Je suis allé visiter le Apartheid Museum. Très bien fait comme musé, débordant d’information, mais ô combien troublant, évidemment. Le passé de ce pays est aussi terrifiant que peu éloigné. Le matin même, avec Sara, on déplorait que les blancs de ce pays ne fassent pas plus d’effort pour s’intégrer aux noirs, pour briser ces frontières invisibles qui sont quand même partout et qui plombent les relations sociales. Mais en sortant du musé, on s’est dit que finalement, c’est quand même compréhensible. Après tout, il y a de quoi avoir honte et préférer se cacher.

 

Babel octobre 8, 2007

Classé dans : Boulot — malorie @ 5:45

Je suis encore en phase d’adaptation à mon milieu de travail. Pour tous ceux qui ne savent toujours pas ce que je fais ici, allez donc lire « Qu’est-ce que StreetNet International » Mais en deux mots, ma job en est surtout une de communication. On m’a refilé une liste d’une quarantaine d’organisations sud-africaines à contacter, soit pour les tenir au courant des développements de la campagne de mobilisation dont j’assure la coordination, soit pour les inviter à nous joindre s’ils ne l’ont pas encore fait. « Chouette! » je me suis dit, « ça va me faire parler aux gens! » J’ai rapidement compris quel serait mon plus gros problème : comprendre ceux dont l’anglais est la deuxième, la troisième ou la quatrième langue après le Zulu, le Sotho et le Xosa. En plus de devoir fournir un effort surhumain de concentration pour comprendre mon interlocuteur si sa prononciation est le moindrement engourdie ou son débit trop emballé, j’ai moi-même un réel handicap lorsqu’il s’agit de prononcer, reproduire et me souvenir des noms africains. Mofokeng, Tshawe, Mathenjwa, Lungile, Molokoane, Sibanyoni, Theunisen … Cette difficulté est doublée de mon propre accent franco-canadien et des lignes téléphoniques pas toujours nettes, surtout quand l’interlocuteur en question est perdu fond d’un township, au bout d’un portable cheap dans une « shack » de tôle qui résonne. Après quelques entrevues téléphoniques désastreuses, j’ai été forcée de demander à ma collègue Nozipho de refaire une partie de mes appels… J’essaie de ne pas m’énerver, mais c’est néanmoins passablement embarrassant. J’en suis venue à la conclusion que j’avais vraiment besoin d’un cours de base en zulu. Au moins pour savoir prononcer tous ces noms. Nozipho a accepté de m’aider. Je connais maintenant les formules de salutation, et cette semaine, j’ai prononcé ma première phrase complète (sujet verbe complément) sans erreur : Ngizokwenza itiye. (Je vais faire du thé.)